Stoppée en plein élan !
Une grosse pluie samedi dernier dans la matinée.
Le soleil s'installe l'après-midi et je décide de descendre au potager. Je suis en train d'aménager le passage en pente entre le haut du terrain où se trouve la maison et le bas où se trouve le potager. Si vous suivez le tour de France j'ai une pente bien supérieure aux 10 à 12 % que gravissent les coureurs avec panache !
Il y a une différence de 2 mètres environ qui sont franchis sur un peu plus de 3 mètres. On est plus proche du kilomètre vertical avec plus de 50% !!!
A coups de pioche j'ai commencé à réduire l'angle de la pente pour la rendre plus régulière. Une série de pluies m'ont éloignée de ce chantier. Un escalier serait bien mais le passage de la brouette me pose problème et je n'ai pas les matériaux pour en faire un pour le moment.
Si je devais descendre au potager je faisais attention à poser prudemment les pieds sur le côté herbeux... sauf samedi après-midi !!!
Chargée d'un sceau rempli d'eau à déverser dans un baquet près du potager j'ai chaussé mes tongs comme si je me rendais à la plage pour attaquer pleine pente et je suis partie en glissade dans la boue en me prenant le contenu du sceau sur le corps. Ce bain de boue aurait pu me faire rire sauf que le pied gauche a bloqué sur une touffe d'herbe que j'aurais dû piétiner et la cheville n'a pas aimé ce stop brutal.
La suite est digne des jeux d'Interville de mon enfance. Tenter de remonter la pente à quatre pattes les tongs dans une main, l'autre griffant la terre et le sourire crispé sur la douleur. Le sceau est resté dans la pente où il est toujours !
Rentrer à la maison en faisant attention à ne pas glisser sur le carrelage avec mes pieds boueux et boiter jusqu'à la douche pour me décrasser.
Ensuite faire le point sur les dégâts. Une cuisse un peu égratignée où le bleu ne va pas tarder à se former mais surtout une cheville gauche qui enfle doucement malgré l'eau froide de la douche.
Claudiquer jusqu'au congel pour sortir le pack gelé et l'appliquer sur la cheville en m'allongeant la patte en l'air sur le canapé pour réfléchir à la situation.
Décidément les premiers jours de juillet ne me sont pas favorables. Il y a 2 ans, le 1er juillet c'était le poignet que je fracturais doublement à 150 m de la maison ici. Et ce 3 juillet je réduis la distance, moins de 10 m, pour une nouvelle chute.
Depuis 2 ans je ne me fais plus confiance lorsque je marche à l'extérieur alors que la marche a toujours été "facile" pour moi contrairement à la course à pied où j'ai toujours dû être "en force" lorsque je la pratiquais !
Bien sûr je suis seule à la maison depuis que Manon est partie en stage à Paris. Je suis donc restée au repos à glacer et à masser la cheville avec de l'huile d'Arnica et de l'huile essentielle de Gauthérie.
Le lundi je devais me déplacer à l'association qui est dans l'effervescence avant la fermeture pour congés. J'espérais très fort pouvoir conduire.
Lundi matin il a fallu revoir tout cela. Heureusement nous avons une secrétaire (qui est salariée) parfaite. Mise en place au téléphone et elle devait passer en début d'après midi pour me faire signer des papiers... et m'apporter une attèle et des béquilles : ma sauveuse !
Entre temps mon Papa est passé à l'improviste avant le déjeuner et n'a pas été content que je ne l'appelle pas dans le WE pour lui demander de l'aide. Mais j'avais suffisamment à manger dans le congel donc il n'y avait pas d'urgence. Je croyais un peu naïvement que cela s'arrangerait tout seul !!!
Ce qui me désole en plus d'être limitée dans mes mouvements et d'avoir un peu mal aussi c'est que le potager est laissé en roue libre. Avec la pluie et les moments ensoleillés de ces derniers jours je vois de ma maison "perchée" les feuilles des cucurbitacées qui poussent tel le haricot magique du conte.
J'avais laissé samedi ma seconde courgette ronde de la taille d'une balle de tennis ; je pense que maintenant c'est un ballon de foot.
1ère courgette ronde la 2 juillet
Les fraises et les framboises ne sont pas cueillies alors que je mange des pots de compote !
Je suis trop loin pour voir si les premières tomates ont rougi mais ma lutte contre les gourmands est perdue.
J'avais recouvert un semis de haricots de petites cagettes de plantes pour éviter le grattage des oiseaux ; j'espère, cette fois, que les chats les auront bousculées pour libérer les pousses. Ils pourraient un peu m'aider tout de même avec l'hébergement que je leur offre : transat, banc, table, coussin, coins ombragés...
Les rares personnes que je fréquente (c'est ça d'être sauvage) ne jardinent pas et je ne vais pas leur demander d'aller faire un tour au potager pour voir si tout va bien. Et puis je n'aime pas demander de l'aide...
Pour un traitement que je suis je devais faire des analyses et ensuite voir mon médecin. Papa s'est fait le chauffeur pour me déposer devant le laboratoire dans la rue principale de ma commune qui est en travaux et mise en sens unique. C'était comique de voir mon Papa de 89 ans se mettre au milieu de la chaussée pour arrêter les voitures et ouvrir le passage à sa fille de 61 ans avec ses béquilles oranges et son sac en plastique sur le pied nu dans l'attèle car, bien sûr, il avait plu juste avant.
Pour sourire encore plus c'est la personne la plus âgée qui attendait son tour à l'intérieur du laboratoire qui m'a tenu la porte vitrée pour me permettre d'entrer et qui m'offrait son aide pour m'asseoir ! La voyant un peu bancale sur ses jambes j'ai préféré la remercier et lui sourire des yeux pour cause de masque en me débrouillant seule.
Je suis donc redevenue incollable sur le tour de France comme il y a 2 ans du fond de mon canapé ! Pookie et moi nous disputons un peu le canapé. Elle revient dans la maison pour s'y installer de tout son long peu de temps avant le lancement de l'étape à croire qu'elle connait la programmation. Ensuite il faut négocier. Elle en profite parfois pour faire quelques câlins supplémentaires en se couchant sur mon ventre puis repart dans un autre lieu : la table, un tabouret de bar...
J'ai perdu à la négo !
Cet après-midi, je repars à l'aventure en béquilles avec mon Papa chauffeur pour la visite médicale. J'espère que le doc va confirmer que c'est une foulure ou une entorse bénigne et que la remise en état de marche est proche.
Je veux au moins pouvoir reconduire et m'appuyer sur un chariot pour faire mes courses moi qui n'en ai pas poussé depuis des mois puisque mon peu de courses tient dans un cabas et poser sans dommage et sans trop de douleur mon pied sur un terrain qui n'est plus aussi plat qu'un carrelage de maison. J'appréhende les bosses et creux de mon terrain. Mais laisser se gâter le fruit de mes efforts au potager me désole.
J'aurais du temps pour reprendre mes ouvrages mais je n'arrive pas à m'y remettre. Toute occupation quotidienne prend plus de temps et nécessite des pauses "patte en l'air". Je passe encore beaucoup de temps à gérer l'association. Heureusement que la maison n'est pas trop grande pour passer du salon à mon coin bureau. Mais c'est aussi grâce à ces mouvements que j'ai l'impression de ne pas perdre trop de mobilité de ma cheville, même si je ne fais pas de grands mouvements.
Je ne pensais pas écrire tout cela. Mais cela fait du bien de se moquer un peu de soi et de prendre de la distance. C'est plus embêtant dans ma situation solitaire que grave. De plus je suis habituée à gérer cela. Une entorse plâtrée alors que je vivais seule dans un duplex avec un lit en haut d'une échelle bien raide. Ah monter et descendre sur les fesses !! Un bras droit entièrement plâtré quelques années plus tard toujours seule. Mais j'avais entre 20 et 25 ans, des collègues de boulot, des copains de tennis, de ski, de rando... même si je n'aimais déjà pas demander de l'aide.
Il y a deux ans j'ai pris un coup de vieux avec cette fracture de poignet et ses suites qui mettaient en évidence la difficulté de mon indépendance. Je pensais avoir retrouvé un peu d'assurance (sans rajeunir pour autant !) en reprenant le chantier de mon jardin.
A bientôt pour vous montrer mes courgettes ballon de foot j'espère...

